vendredi 30 août 2013

Le théâtre

"J'ai affiché au fond de la classe la liste des binômes pour le passage au choix à réciter de L'école des femmes. Vous avez la semaine pour vous préparer." nous annonça madame Poitrasson, la prof de français.
Un long soupir ponctua sa déclaration.
  
Lorsque la sonnerie retentit, tout le monde se précipita vers les listes, moi y compris. Deux élèves se frappèrent dans la main, surement binômes et satisfaits de ce choix. Je parcourus la liste des yeux à mon tour, guettant mon nom. 


Mon cœur manqua un battement. J'étais avec Ashley. Un sourire béat vint se coller sur mon visage, me donnant un air profondément débile. Tournant la tête, je l'aperçus non loin, sur le point de sortir de la classe.


"Hey, Ashley!" m’exclamai-je d'une voix un peu rauque.
Elle s'arrêta net en entendant son nom, puis pivota.


"Ah, salut Henry! Je te pensais sorti.
_Non non! Comme tu peux le voir!"
J'étais tout enjoué, elle devait me prendre pour un dingue. 


"J'espère que ça ne te dérange pas d'être mon binôme... Je ne suis pas très bonne en théâtre."
Elle plaisantait ou quoi? Peu importait son niveau, seule sa présence comptait pour moi! Mais elle ne le savait pas, évidemment...
"Ah, euh, ben non..."


"Tant mieux! Je te promets de me donner à fond! Paraît-il que tu es excellent en comédie!
_Qui... qui a dit ça?"
Je me sentis rougir.


Elle glissa sa main dans ses cheveux, tout en délicatesse.
"J'ai entendu Elena le dire à sa partenaire. Tu pourras me donner des astuces du coup!"


Je ne parvenais pas à détacher mon regard de ses lèvres et de ses doigts caressant ses cheveux blonds-châtain. Je me mordis la lèvre inférieure.
"Ah! Ce fichu tic!" grommela t-elle, me tirant de ma rêverie.


Elle retira violemment sa main.
"Pardon, j'ai horreur de me mettre la main dans les cheveux, ça devient un tic! 
_Y a pas de mal..." murmurai-je.


"Rendez-vous au CDI tout à l'heure? C'est mieux que dehors pour choisir le passage à réciter. On pourra même commencer à l'apprendre.
_Bonne idée! On mange même ensemble si tu veux?"
Dis oui, dis oui! Dis OUI!


"Pourquoi pas? Bon, il est temps d'y aller, on va être en retard!"
YES! Dieu et madame Poitrasson soient loués!

mardi 27 août 2013

Quelqu'un d'invisible

L'autre jour, quand tout le monde s’abrita sous le préau parce qu’il faisait très chaud et que seul son ombre parvenait à nous rafraîchir, Ashley fut la seule à partir s'asseoir sur un banc. On aurait dit qu'elle attendait ce jour avec impatience, car elle s'y précipita presque, vers ce banc.


Elle s'installa tranquillement, prenant ses aises, puis détendit ses doigts, à la façon des pianistes avant d'entamer une prestation.


D'un simple regard, elle semblait défier quiconque de la déranger. Ce n'était pas vraiment une menace, juste une sorte de mise en garde, car elle n'aurait fait de mal à personne. Elle avait juste besoin de rester seule ce jour là.


Elle glissa sa main droite dans ses cheveux et la retira toute en douceur, avec une timidité enfantine qui la rendait vraiment mignonne (elle avait peur que ce geste devienne un tic, m'avoua t-elle plus tard).


Elle laissa tomber son autre main de l'accoudoir de fer forgé du banc, puis elle attendit. Qui ou quoi? Je ne savais pas encore.


Et soudain, elle tourna la tête vers le vide à ses côtés, comme si quelqu'un venait d'arriver, et ses lèvres remuèrent. Pas longtemps, mais assez pour former une courte phrase, ou quelques mots, que je ne parvins pas à déchiffrer.


Elle recommença. J'essayai de m'approcher un peu plus pour entendre ce qu'elle disait, sans trop exagérer, en restant à une certaine distance pour ne pas paraître indiscret. Mais je n'entendis rien.


Elle fit glisser sa main sur les planches du banc, tout en délicatesse, comme ayant peur de faire fuir ce qui venait d'arriver. A ce moment, mon cœur se serra, car j'eus l'impression que quelqu'un se trouvait réellement à ses côtés, et qu'elle essayait de le toucher, sans oser y croire.

jeudi 22 août 2013

Les jours de vent

Les jours de vent, Ashley avait l'habitude de partir tout au fond de la cour, et de se murer dans un silence des plus complet. Tête baissée, elle ne regardait personne, ne bougeait plus. Elle respirait tout doucement...


Ses cheveux blonds se balançant au gré du vent constituaient le seul mouvement visible. Elle restait parfaitement immobile, les yeux tantôt clos, tantôt ouverts et fixant un point dans le vide.


Parfois, un mince sourire étirait ses lèvres. Mais elle n'esquissait toujours aucun mouvement, et ses cheveux poursuivaient leur valse avec la brise.


Ces jours là, je la regardais, l'observais plus attentivement tapis derrière le grand platane de la cour. Mais je n'osais pas vraiment l'approcher, tant son côté mystique était accentué en ces conditions.


A la voir, on aurait pu penser qu'elle pouvait rester comme cela des heures durant. Mais cet état ne durait que quelques minutes, dix tout au plus, et s'achevait malheureusement toujours de la même manière.


Une première larme roulait sur l'une de ses joues après cinq bonnes minutes d'immobilité totale. Elle s'empressait de l'écraser avant qu'elle n'atteigne son menton.

Et cela continuait jusqu'à ce que la sonnerie retentisse. Elle essuyait larme après larme. Personne n'osait aller lui demander pourquoi elle pleurait. Personne ne s'approchait d'elle pour la consoler. Même pas moi...

Ashley

Ashley... Elle avait de beaux yeux, mais d'un bleu tout ce qu'il y avait de plus quelconque, tirant parfois sur le vert. Elle possédait des cheveux blonds mi-longs, naturellement méchés de châtain et qui avaient de magnifiques reflets au soleil. En fait, elle était jolie, mais elle était d'une beauté courante. Pourtant, elle n'était pas juste une mignonne petite blonde aux yeux bleus, elle avait quelque chose de plus, un charme supplémentaire que d'autres n'avaient pas. Ashley dégageait quelque chose de mystique qui attirait le regard et qui inspirait la sympathie. Même les personnes les plus exécrables du lycée étaient correctes avec elle. D'un autre côté, il fallait être la pire des ordure pour s'en prendre à une fille aussi gentille.


La seule chose plus ou moins déplaisante chez elle était qu'elle pouvait parfois se comporter de façon étrange, avec par exemple sa manie de monter dans les arbres ou de se balader pieds nus dans la cour. Moi je trouvais ça original et plutôt marrant quand elle agissait de la sorte. Elle me renforçait dans l'idée qu'elle n'était vraiment pas comme les autres. Elle était extraordinaire.